Des camarades de La France Insoumise de toute la Haute-Loire étaient réunis au Puy ce Lundi 21 Septembre, accompagné·es de diverses organisations syndicales, politiques et associatives pour protester contre le vote de la loi « permis de tuer XXL ».
Voici la prise de parole au nom de LFI, par notre camarade Mathilde :
« Votre fils ne rentre pas. Au début, vous croyez à un retard. Puis à une panne de téléphone.
Puis à un accident. Vous appelez une fois, dix fois, vingt fois. La sonnerie continue. Personne ne
répond.
Puis vous recevez un appel. On vous donne une phrase. Une phrase froide, prête à l’emploi. Il
y a eu un tir. Votre fils était dans un véhicule. Il a refusé d’obtempérer. Et très vite, avant même que
vous sachiez exactement comment il est mort, le récit est déjà là. On vous explique qu’il a foncé. Qu’il
menaçait. Que le policier n’avait pas le choix.
Vous voulez le voir. On vous dit non. Son corps ne vous appartient plus. Il est une pièce à
conviction, un élément de procédure. Vous, qui l’avez porté neuf mois, qui l’avez nourri au biberon à
trois heures du matin, vous n’avez plus le droit de le toucher.
Puis une vidéo sort. Quelques secondes filmées par un passant avec un téléphone qui
tremble. Et ces quelques secondes détruisent en un instant ce qu’on vous répétait depuis des jours.
La voiture ne fonçait pas. Le danger n’était pas celui qu’on vous avait décrit. Le tir a pourtant eu lieu.
Votre fils est pourtant mort. A ce moment-là, quelque chose se casse définitivement. Votre fils est
mort. Et c’est à vous, maintenant, de prouver qu’on ment sur sa mort. »
Ce texte est extrait de l’exposition réalisée par l’association SAVE (Stop Aux Violences
d’Etat), à l’origine des rassemblements qui ont eu lieu ces derniers jours (19 et 20 septembre 2026),
soutenus par plus de 160 organisations. Je voudrais saluer le travail essentiel, vital, de cette
association pour la sensibilisation (sur leur site internet et dans leur exposition notamment),
l’accompagnement des familles des victimes, et leur engagement dans ce combat politique contre la
loi permis de tuer.
Ce combat politique répond à un problème systémique, un problème qui se reflète dans des
chiffres déjà connus : 162 personnes sont mortes à la suite d’un contrôle de police depuis 2005 ; la
France a le record indigne du nombre de personnes tuées par tir mortel de policiers ou de gendarmes.
La situation s’est aggravée depuis la promulgation de l’article 435-1 du code de la sécurité intérieure
en 2017, votée sous le gouvernement Cazeneuve et la présidence de François Hollande.
Cette violence d’Etat ne touche pas toute la population de la même manière. Zyed Benna,
Bouna Traoré, Souheil El Khalfaoui, Alhoussein Camara, Nahel Merzouk, Rayana, Olivio Gomes,
Adama Traoré ont été victimes du racisme systémique dans la police, que les événements récents à
Carcassonne nous rappellent encore. Ce racisme altère le jugement des agents, dénie à nos
concitoyens le respect de leurs droits fondamentaux. Ce racisme tue. Il tue depuis toujours, et la
situation s’est aggravée en 2017 avec la loi permis de tuer passée sous le gouvernement de Bernard
Cazeneuve.
Et aujourd’hui, le gouvernement veut encore aggraver la situation avec une proposition de loi
pour un permis de tuer XXL, visant à élargir la protection accordée aux policiers lorsqu’ils font usage
de leur arme en leur offrant une « présomption d’usage légitime de l’arme », mesure issue directement
du programme de Jean-Marie Le Pen. Honte à ce gouvernement qui s’associe et se compromet avec
l’extrême droite.
Notre revendication aujourd’hui est tout simplement de faire retirer cette proposition de loi de
l’ordre du jour au Sénat. C’était la revendication de la pétition qui a rassemblé plus de 730 000
signatures et qui a été tout simplement enterrée par l’Assemblée nationale. Le message de cette
pétition, nous sommes là aujourd’hui pour le faire vivre physiquement, dans les manifestations, et il
faudra continuer à mener ce combat.
Il faut que les gens sachent qu’une autre politique de maintien de l’ordre est possible,
respectueuse de l’Etat de droit, respectueuse de nos principes républicains : l’égalité devant la loi, la
présomption d’innocence, le droit fondamental à la vie et le refus de la peine de mort. Nous refusons
l’organisation d’une impunité policière. Nous refusons que la République organise le fait qu’une
catégorie de citoyens ait le droit de vie ou de mort sur une autre catégorie de citoyens.
